Les Canaries reviennent souvent dans les conversations sur la croisière en voilier en Atlantique. Et pour de bonnes raisons. Mais avant de choisir une base de départ, un itinéraire ou une période, il vaut mieux poser quelques questions honnêtes sur ce qu’on cherche vraiment.
Ce n’est pas une destination qui demande une grande expérience. C’est justement ce qui attire. Et c’est aussi ce qui peut décevoir si on arrive avec les mauvaises attentes.
Pourquoi les Canaries fonctionnent bien en voilier
L’archipel est à environ 1 100 milles nautiques des côtes françaises. C’est une étape classique sur la route de l’Atlantique, utilisée depuis des décennies par les équipages qui descendent vers les Antilles ou préparent une transat. Mais c’est aussi une destination à part entière, pas seulement un point de passage.
Plusieurs facteurs jouent en faveur des Canaries pour un premier voyage hauturier ou une croisière côtière :
- Les alizés sont fiables d’octobre à mai, surtout entre îles.
- Les distances inter-îles sont courtes : 30 à 80 milles en général, ce qui laisse de la souplesse.
- Les infrastructures de plaisance sont correctes, avec des marinas bien équipées à Las Palmas (Gran Canaria), Puerto Calero (Lanzarote) ou Santa Cruz (Tenerife).
- La bureaucratie est réduite : on est en territoire européen, en zone Schengen.
Ce dernier point compte plus qu’on ne le croit. Pas de formalités douanières complexes, pas de visa, et des filières de location bien établies pour qui veut barrer lui-même ou embarquer avec un skipper.
Les îles : pas toutes pareilles, pas toutes compatibles avec le même projet
C’est là que beaucoup de futurs équipages se trompent. Les Canaries, c’est sept îles principales avec des caractères très différents. Choisir de mouiller à Lanzarote ou à La Gomera ne donne pas du tout la même croisière.
Lanzarote et Fuerteventura : arides, venteuses, peu d’arbres. Les paysages sont lunaires, les plages exposées au vent. Idéal pour qui veut naviguer plutôt que se poser. Moins adapté à un équipage qui veut randonner ou profiter d’une végétation luxuriante.
Gran Canaria : Las Palmas est la grande base logistique de l’archipel. Marina bien dimensionnée, services disponibles, vie urbaine. Moins de charme brut, mais pratique pour préparer ou finir une croisière.
Tenerife : la plus grande île, la plus fréquentée. Le port de Santa Cruz accueille beaucoup de plaisanciers. L’intérieur est remarquable avec le Teide, mais nécessite un déplacement en voiture ou en bus depuis le bord.
La Palma, La Gomera, El Hierro : les trois îles de l’ouest. Plus vertes, plus calmes, moins de tourisme de masse. Les mouillages y sont parfois exposés, les marinas plus petites. Ce sont souvent ces îles que les équipages gardent comme meilleur souvenir, mais elles demandent un peu plus de rigueur dans la météo.
Un itinéraire de 10 à 14 jours peut raisonnablement couvrir 3 à 4 îles sans se précipiter. Vouloir toutes les voir en une semaine, c’est passer son temps à naviguer et pas à se poser.
La meilleure saison, franchement
La période novembre-mars est celle que la plupart des plaisanciers choisissent. Les températures à bord restent agréables (entre 18 et 25°C), les alizés soufflent régulièrement du nord-est, la houle atlantique est présente mais prévisible sur cette période.
L’été est moins intéressant en voilier. Les vents faiblissent, la chaleur monte, et les Canaries deviennent une destination touristique de masse. Rien d’incompatible avec une navigation, mais le confort et l’ambiance changent.
Octobre est souvent cité comme une belle fenêtre : moins de monde, alizés qui reprennent, températures encore douces. C’est aussi le moment où les équipages qui descendent vers les Antilles commencent à arriver à Las Palmas, ce qui donne une ambiance particulière dans les marinas.
Louer ou venir avec son propre bateau
Pour ceux qui veulent louer, l’offre est consistante. Les bases les plus actives sont Las Palmas, Puerto Calero et Puerto Colon (Tenerife). On y trouve des voiliers de 35 à 50 pieds en location avec ou sans skipper.
La location sans skipper nécessite généralement un permis hauturier ou son équivalent, et parfois un justificatif de navigation récente. Les conditions varient selon les sociétés de location : mieux vaut vérifier directement et ne pas se fier à des informations qui peuvent avoir évolué.
Avec skipper, la formule est plus accessible. Elle permet à un équipage peu expérimenté de naviguer dans de bonnes conditions sans prendre de risques inutiles. Le coût est logiquement plus élevé, mais le confort de décision change beaucoup.
Pour ceux qui font la descente depuis la France avec leur propre bateau, la route classique longe la côte portugaise jusqu’à Lisbonne ou Porto, descend vers Madère, puis rejoint les Canaries. Comptez plusieurs semaines selon les escales choisies et la météo.
Ce qu’on sous-estime souvent
La houle atlantique. Même par beau temps, la mer aux Canaries peut être formée. Certains mouillages sont exposés à la houle de secteur nord-ouest et rendent la nuit inconfortable. Avant de mouiller, consulter les conditions locales et les retours d’autres plaisanciers dans les marinas proches reste un réflexe utile.
La gestion de l’eau douce. Les Canaries ne manquent pas de points de ravitaillement, mais certaines petites îles ont des mouillages sans services à proximité. Prévoir ses réserves avant de quitter une marina.
Le vent entre les îles. Les accélérations sous le vent des îles peuvent être brutales. Le canal entre Tenerife et Gran Canaria, par exemple, est connu pour ses rafales. Ce n’est pas dangereux pour un équipage préparé, mais ça mérite d’être anticipé, pas découvert au dernier moment.
Quel profil pour quelle croisière
| Profil | Ce qui convient | Ce qu’il vaut mieux éviter |
|---|---|---|
| Premier hauturier, peu d’expérience | Location avec skipper, îles orientales, marinas équipées | Traversée solo inter-îles par fort alizé |
| Équipage expérimenté, propre bateau | Îles de l’ouest, mouillages forains, descente Atlantique | Rester uniquement dans les grandes marinas |
| Croisière côtière en famille | Gran Canaria ou Lanzarote comme base, sorties à la journée | Itinéraire trop chargé, pas de marge météo |
| Préparation transat | Las Palmas, Novembre-Janvier, départ ARC ou libre | Partir trop tôt ou sans vérifier l’équipement |
FAQ
Faut-il un permis spécifique pour naviguer aux Canaries ?+
Les Canaries font partie de l’Espagne et de l’Union européenne. Les règles d’accès à la plaisance sont celles en vigueur en Espagne. Pour une location sans skipper, les sociétés demandent généralement un permis de navigation reconnu et un justificatif de pratique récente. Les exigences exactes varient selon les sociétés et peuvent évoluer : vérifier directement auprès du loueur avant de réserver.
Peut-on mouiller librement entre les îles ?+
Certains mouillages forains sont possibles, d’autres sont réglementés ou interdits dans des zones protégées. La réglementation espagnole sur les mouillages dans les espaces naturels marins a évolué ces dernières années. Consulter les guides nautiques à jour et les autorités portuaires locales avant d’établir un plan de mouillage définitif.
Quelle durée prévoir pour une croisière réaliste ?+
Moins de 7 jours, la croisière reste très courte et se limite à une ou deux îles. Entre 10 et 14 jours, on peut couvrir 3 à 4 îles sans se presser. Trois semaines permettent d’inclure les îles de l’ouest et de prendre du temps dans les mouillages. La durée idéale dépend surtout du rythme qu’on veut donner : naviguer beaucoup ou se poser souvent.
Las Palmas est-elle vraiment la meilleure base de départ ?+
Pour la logistique, oui. Marina bien équipée, avions réguliers depuis la France, services de réparation et de ravitaillement développés. Pour le charme, c’est une grande ville portuaire : ça dépend de ce qu’on cherche. Partir de Lanzarote donne accès plus vite aux îles orientales et à une ambiance plus tranquille. Le choix de la base dépend vraiment de l’itinéraire prévu.
Si vous partez pour une première croisière hauturier, commencez par les îles orientales avec une bonne marge de temps et un skipper si votre expérience reste limitée. Si vous préparez une transat ou une descente Atlantique, Las Palmas en novembre reste la base qui simplifie le plus les choses. Dans les deux cas, laissez de la place dans votre itinéraire : les meilleures journées aux Canaries sont souvent celles qu’on n’avait pas prévues.