Les Canaries attirent beaucoup de voiliers, surtout en hiver. Températures douces, alizés réguliers, ports bien équipés, et cette position géographique entre l’Europe et l’Atlantique qui en fait une base de départ ou une destination à part entière. Mais la réalité d’une croisière là-bas demande un peu de préparation pour ne pas se retrouver à courir d’île en île sans avoir vraiment profité de quoi que ce soit.
Ce n’est pas une destination difficile. C’est justement pour ça qu’on peut mal la préparer.
Les Canaries en voilier : ce qu’on ne dit pas assez
L’archipel compte sept îles principales, réparties sur environ 500 kilomètres d’est en ouest. La première chose à comprendre, c’est que tout faire en une croisière courte n’est ni réaliste ni souhaitable.
Les alizés soufflent majoritairement du nord-est. Remonter vers l’ouest se fait souvent au près, parfois avec du clapot court et inconfortable. Descendre vers l’est est plus facile. Ce simple détail change tout dans le sens de navigation et le choix de la base de départ.
Entre Gran Canaria, Tenerife, La Gomera, El Hierro à l’ouest, et Lanzarote ou Fuerteventura à l’est, les profils sont très différents : végétation, relief, houle, ports, mouillages, ambiance. Choisir de tout voir revient souvent à ne rien voir vraiment.
Quelle base de départ choisir
Las Palmas de Gran Canaria est la base la plus utilisée par les voiliers de passage. Grand port, services complets, chantiers, shipchandlers, bonne connexion aérienne. C’est là que partent la plupart des transatlantiques en novembre. Pratique, efficace, mais peu dépaysant en ville.
Marina Santa Cruz de Tenerife offre une alternative sérieuse, avec un accès rapide à La Gomera et El Hierro vers l’ouest. La ville est plus intéressante à vivre.
Lanzarote (marina de Puerto Calero ou Arrecife) est un bon choix si on veut explorer l’est de l’archipel, avec des sauts vers Fuerteventura et les petites îles de La Graciosa.
Le choix de la base dépend avant tout de l’itinéraire prévu, du sens de navigation et des vols disponibles depuis la France.
L’archipel île par île : quelques repères utiles
Gran Canaria est plus diverse qu’elle n’y paraît. Le sud est touristique et venté, le centre montagneux surprend. Bonne option pour une première escale ou un retour de traversée.
Tenerife est la plus grande et la plus fréquentée. Le Teide attire beaucoup, les côtes sont très différentes selon qu’on mouille au nord ou au sud. Attention aux zones très exposées à la houle du nord.
La Gomera est sans doute l’île la plus appréciée des voiliers qui prennent le temps. San Sebastián de la Gomera est une ville calme, le parc national de Garajonay change radicalement d’ambiance. La traversée depuis Tenerife est courte, moins de 30 milles.
El Hierro est l’île la plus isolée et la plus tranquille. Mouillages limités, météo parfois instable sur la côte nord, mais une ambiance totalement différente du reste de l’archipel. À réserver à ceux qui cherchent le calme avant le volume.
Lanzarote et Fuerteventura forment une paire logique à l’est. Paysages lunaires, vent fort et régulier, kite et surf. La Graciosa, entre les deux, est un mouillage réputé, sable blanc, peu de voitures, accès uniquement par mer ou ferry.
Saison et météo : quand partir
La fenêtre idéale pour naviguer aux Canaries en voilier s’étend globalement d’octobre à avril, avec une préférence pour novembre à mars pour ceux qui cherchent des alizés établis et des températures très agréables en mer (20-25°C en surface, autour de 22-24°C à terre).
L’été est chaud, parfois très chaud sur les îles orientales, et les vents peuvent mollir ou devenir irréguliers. Ce n’est pas la saison conseillée pour une navigation plaisante, sauf sur les îles plus fraîches comme La Palma ou El Hierro.
La houle de nord-ouest peut être sévère en hiver sur les côtes exposées. Lanzarote et Fuerteventura prennent plus de vent que les îles occidentales. Il vaut mieux avoir navigué en conditions variées avant d’attaquer cette zone sans connaissance préalable.
Durées réalistes selon le programme
Un tableau court pour aider à calibrer :
| Durée | Programme réaliste |
|---|---|
| 1 semaine | 2 îles max, escales longues, peu de navigation nocturne |
| 2 semaines | 3 à 4 îles, rythme confortable, temps en mouillage |
| 3 semaines | Archipel est ou ouest complet, traversée plus tranquille |
| 4 semaines+ | Tout l’archipel avec du temps, ou intégration dans une route Atlantique |
Le piège classique est de vouloir tout cocher en 10 jours. On passe alors plus de temps à naviguer qu’à s’arrêter. Une semaine sur deux ou trois îles bien choisies vaut mieux que sept escales expédiées.
Location avec ou sans skipper
Louer un voilier aux Canaries est possible depuis plusieurs bases, principalement Las Palmas et Tenerife. L’offre en catamaran existe mais reste plus limitée qu’aux Antilles.
Pour naviguer en charter sans skipper, une carte de compétence sérieuse est attendue. Le niveau minimum raisonnable est une expérience réelle en navigation côtière, avec des coéquipiers capables de prendre des quarts. Les Canaries ne sont pas une mer fermée et la houle d’alizé peut surprendre.
Si c’est votre première croisière en mer ouverte, partir avec un skipper professionnel pour la première semaine est un choix raisonnable. Certains loueurs proposent des formules combinées.
Les tarifs varient selon la saison, la taille du bateau et la formule. Les fourchettes changent chaque année : une vérification directe auprès des loueurs locaux reste indispensable avant de budgéter.
Ce qu’il faut préparer concrètement
Quelques points pratiques qui font la différence entre une croisière qui se passe bien et une qui commence mal :
- Réserver les marinas à l’avance en haute saison (novembre-janvier). Las Palmas est souvent saturée pendant la période ARC (transatlantique rallye). Hors saison, c’est plus souple.
- Prévoir les avitaillements sur les îles principales : Gran Canaria et Tenerife ont les meilleures options. Sur El Hierro ou La Gomera, c’est plus limité.
- Carburant et eau : disponibles dans la plupart des marinas, mais vérifier les horaires de la capitainerie locale.
- Formalités : les Canaries font partie du territoire espagnol et de l’UE. Pas de formalités douanières pour les ressortissants européens. Les cartes de navigation à jour pour les eaux espagnoles sont obligatoires.
- Assurance : vérifier que la couverture inclut explicitement les eaux des Canaries et la navigation en mer ouverte. Certains contrats limitent la zone.
FAQ
Faut-il un permis spécifique pour naviguer aux Canaries ?+
Pour un ressortissant français, le permis hauturier (ou équivalent reconnu) est la base attendue pour une croisière en mer ouverte. Les Canaries sont territoire espagnol, les règles espagnoles s’appliquent. En charter, le loueur définit ses propres exigences selon le bateau et la zone. Vérifier directement avec lui avant de réserver.
Les Canaries sont-elles adaptées à un premier passage Atlantique ?+
Souvent. C’est d’ailleurs pour ça que Las Palmas est le point de départ de nombreuses traversées vers les Caraïbes. Mais "point de départ" ne signifie pas "point d’initiation". La mer peut être formée, la nuit tombe vite et les conditions changent. Une préparation sérieuse reste nécessaire.
Peut-on naviguer entre toutes les îles avec un voilier de taille modeste ?+
Oui, mais les traversées entre les îles les plus éloignées (El Hierro à Lanzarote, par exemple) représentent plus de 200 milles. Un voilier de 35-40 pieds est tout à fait adapté, à condition que l’équipage soit formé à la navigation au large. Les petits voiliers de moins de 30 pieds demandent plus de prudence face aux conditions de houle.
Quelle île pour débuter si on n’a jamais navigué aux Canaries ?+
Gran Canaria ou Tenerife, pour la facilité d’accès aux services et la bonne couverture des marinas. La traversée vers La Gomera depuis Tenerife est courte et bien balisée : c’est souvent le premier saut recommandé pour prendre ses marques.
Si vous préparez une première croisière aux Canaries, le choix le plus utile que vous puissiez faire est de définir un sens de navigation clair et de résister à l’envie de tout couvrir. Deux ou trois îles bien choisies, des escales longues, du temps en mouillage : c’est ce profil qui revient le plus souvent dans les récits de croisières réussies dans l’archipel.