Pêcher depuis un voilier, c’est une des rares activités qu’on peut pratiquer sans s’arrêter. La ligne traîne derrière le bateau, la croisière continue, et si quelque chose mord, tant mieux. Sauf que sans un minimum de préparation, ça finit vite en lignes emmêlées dans le winch, en hameçons qui traînent dans le cockpit, ou en poisson remonté trop vite avec aucun outil pour le gérer à bord.

Ce qui suit s’adresse à ceux qui veulent pêcher en navigation, pas monter un bateau de pêche sportive. L’idée : avoir le bon matériel, au bon endroit, sans encombrer un espace déjà restreint.

Ce qu’on pêche vraiment en croisière à la voile

Avant de parler de matériel, il faut être honnête sur ce que la pêche à la traîne depuis un voilier permet de capturer.

En Atlantique et en Méditerranée, on croise surtout des bonites, des daurades coryphènes, des thons et parfois des dorades. Dans les eaux tropicales, la coryphène (mahi-mahi) est la prise la plus courante en grande traversée. C’est un poisson combatif, coloré, et qui se mange très bien.

Ce qu’on ne fera pas depuis un voilier en croisière : la pêche au fond, la pêche à l’affût, ou tout ce qui demande d’être à l’arrêt. Le voilier avance, la ligne traîne. C’est à peu près tout.

Cette réalité devrait guider directement le choix du matériel.

Les bases du matériel de pêche à la traîne

La canne ou la ligne directe

Deux options principales : une canne à moulinet robuste, ou une ligne de traîne manuelle sans canne.

La canne avec moulinet grande capacité est plus confortable pour sentir les touches et récupérer le fil. Elle demande un support solide à l’arrière du bateau et un équipier disponible quand ça mord.

La ligne de traîne manuelle, souvent appelée ligne hand-line ou "ligature de coque", est plus simple à ranger. On enroule la ligne sur un touret ou une bobine, on pose dans un coffre, et on sort uniquement quand on pêche. Moins de mécanique à entretenir, mais ça demande un peu plus d’habileté pour récupérer un gros poisson à la main.

Pour la plupart des navigateurs en croisière, la ligne manuelle suffit amplement.

Le fil et la longueur

Un fil monofilament de 50 à 80 lbs (environ 20 à 35 kg de résistance) convient pour la traîne en mer ouverte. Certains préfèrent le tressé pour sa sensibilité, mais il s’use plus vite sur les bords du bateau.

La longueur de traîne recommandée se situe entre 30 et 60 mètres. Plus court : le leurre reste dans le sillage agité et les poissons l’évitent. Plus long : difficile à récupérer rapidement si on doit manœuvrer.

Les leurres

Quelques leurres bien choisis valent mieux qu’une boîte entière. Pour la traîne en mer ouverte :

  • Un leurre de type "tête plombée avec jupe" (souvent turquoise, vert ou rose) reste une valeur sûre pour les eaux tropicales
  • Un poisson nageur flottant type Rapala fonctionne bien en Méditerranée
  • Une cuillère tournante pour les eaux plus tempérées

Prévoir quelques hameçons de rechange et quelques émerillons. Les leurres se perdent : sur un obstacle, sur un gros poisson, ou au moment où le fil casse faute d’avoir vérifié l’état du bas de ligne.

Avançon et bas de ligne

Un avançon en acier (20 à 30 cm) entre le leurre et le fil principal évite que les dents des thons et bonites ne sectionnent tout. Ce petit détail évite de perdre le leurre à chaque prise.

Le rangement : le vrai problème à bord

Un voilier n’a pas de soute à pêche. Le matériel partage l’espace avec les provisions, les voiles de rechange, les outils, les affaires personnelles. Si la pêche n’est pas organisée dès le départ, les hameçons finissent dans les tiroirs de la cuisine et les lignes s’enroulent autour de tout ce qui traîne.

Quelques principes simples :

Un seul sac ou caisse réservée à la pêche. Étanche si possible. Rangé dans un coffre de cockpit ou dans la jupe arrière. On ne fouille pas dedans pour autre chose.

Les hameçons toujours dans une boîte fermée. Pas en vrac dans un sac. Un hameçon libre dans un coffre, c’est une blessure en cherchant la lampe de secours à 3h du matin.

La ligne en traîne signalée à tout l’équipage. Si quelqu’un ne sait pas qu’une ligne est à l’eau et qu’il balance quelque chose par-dessus bord, ça peut mal tourner.

La prudence : ce qu’on minimise trop souvent

Pêcher à bord d’un voilier en navigation implique quelques risques concrets qu’il vaut mieux anticiper.

Le premier concerne la remontée d’un poisson combatif quand le bateau avance à 6-7 noeuds avec du vent. Récupérer une coryphène de 10 kilos à la main depuis un cockpit mouillé, ça demande deux personnes et de la méthode. Pas de précipitation, pas de ligne enroulée autour des doigts ou du poignet. Si quelqu’un perd pied, la situation se complique vite.

Le deuxième risque, souvent sous-estimé : les lignes à l’eau pendant les manœuvres. Un virement de bord ou une empannage avec une ligne de traîne active, c’est la ligne dans l’hélice ou autour d’un safran. Avant toute manœuvre importante, on rentre la ligne.

Le troisième point concerne les hélices des voiliers à moteur. Si le bateau ralentit en route et qu’on démarre le moteur pour une raison quelconque, la ligne à l’eau ira directement dans l’hélice. Là encore : rentrer la ligne avant d’allumer le moteur, sans exception.

Ce qu’il faut avoir à bord pour traiter le poisson

Remonter un poisson, c’est bien. Avoir de quoi le gérer ensuite, c’est indispensable.

Le minimum :

  • Une gaffe courte (50 à 70 cm) pour aider à remonter les grosses prises sans se pencher à l’excès
  • Un couteau solide et bien aiguisé réservé à la pêche
  • Un chiffon épais ou des gants pour tenir les poissons glissants
  • Une glacière ou un bac avec de la glace si on veut manger le poisson frais dans les heures qui suivent

Pour les traversées sans possibilité de réfrigération longue, certains navigateurs gardent le poisson en vie dans un seau d’eau de mer jusqu’au prochain repas. Ça fonctionne pour les bonites et les dorades.

Réglementation : quelques points à vérifier

La pêche depuis un voilier de plaisance est généralement autorisée en haute mer et dans les ZEE (zones économiques exclusives) des pays, mais les règles varient selon les zones.

En Méditerranée française, la pêche de loisir depuis un bateau de plaisance est encadrée : espèces protégées, tailles minimales de capture, et dans certaines zones, accès restreint. Les zones marines protégées (parcs nationaux, réserves) ont leurs propres règles.

Dans les eaux étrangères, les règles locales s’appliquent. Certains pays des Caraïbes ou du Pacifique demandent un permis de pêche. Vérifier avant l’escale, pas après.

La règle de bon sens reste la même : remettre à l’eau ce qu’on ne mange pas, et ne pas pêcher dans les mouillages ou à proximité immédiate des zones sensibles.

FAQ

Quel leurre choisir pour une traversée Atlantique ?+

Pour une traversée comme l’ARC ou une route des alizés classique, un leurre jupe en résine de type "tête plombée avec jupe bleue ou verte" reste le choix le plus courant. Les pêcheurs de traversée qui ne veulent emmener qu’un seul leurre choisissent souvent une tête de 40 à 80 grammes en couleur bleue ou noire avec une jupe multicolore. Le mahi-mahi et les thons réagissent bien à ces leurres dans les eaux chaudes de l’Atlantique tropical.

Faut-il un permis de pêche pour pêcher depuis son voilier ?+

En France métropolitaine, une déclaration en tant que pêcheur de loisir en mer est requise pour pêcher depuis un bateau de plaisance. Les modalités peuvent évoluer : vérifier auprès de la DPMA (Direction des Pêches Maritimes et de l’Aquaculture) ou sur leur site officiel. Dans les eaux étrangères, les obligations varient fortement d’un pays à l’autre.

La ligne de traîne est-elle compatible avec toutes les conditions météo ?+

Non. Par mer agitée, avec des vagues courtes et du vent soutenu, la ligne traîne dans tous les sens et les faux contacts sont fréquents. En cas de forte houle ou de manœuvres répétées, il vaut mieux rentrer la ligne. Elle est surtout efficace par temps établi, allure portante, mer formée mais régulière.

Peut-on pêcher dans les zones de mouillage ?+

C’est généralement déconseillé, et souvent interdit dans les zones protégées. Dans un mouillage fréquenté, les baigneurs, les lignes des autres bateaux et la faune locale sont autant de raisons d’éviter. La traîne se pratique en navigation, pas à l’ancre.

Avant de partir, constituer un kit minimal : deux ou trois leurres éprouvés, un avançon en acier, un couteau dédié, et une boîte bien fermée pour les hameçons. C’est suffisant pour pêcher sérieusement sans transformer le cockpit en bazar. Le reste vient avec l’expérience des zones et des espèces rencontrées.