La VHF est souvent le premier équipement qu’on apprend à utiliser avant de partir en croisière. Et pourtant, c’est aussi celui dont on sous-estime le plus souvent les usages réels, ou qu’on manipule un peu n’importe comment les premiers jours.

Ni gadget, ni formalité administrative : la radio VHF est un outil de communication maritime actif, avec ses règles, ses canaux et ses limites. Comprendre comment elle fonctionne change vraiment la façon dont on gère une escale, un passage de chenal ou une météo qui tourne.

Ce que la VHF fait concrètement à bord

La VHF maritime fonctionne en visibilité directe. Sa portée varie selon la hauteur de l’antenne, les reliefs côtiers et les conditions atmosphériques. En mer, entre deux voiliers au même niveau, on compte généralement quelques dizaines de milles. Vers les stations côtières installées en hauteur, la portée peut atteindre 50 à 80 milles dans de bonnes conditions, parfois plus.

Ce n’est donc pas un outil longue distance. Pour les communications au-delà de la portée VHF, d’autres équipements prennent le relais : SSB, satellite, Iridium selon le niveau d’équipement du bord. Mais pour la navigation côtière et interîles, la VHF couvre l’essentiel des besoins.

En pratique, elle sert à :

  • appeler une capitainerie pour une demande de place ou une arrivée de nuit
  • contacter le service de trafic maritime (VTS) dans les zones à fort trafic commercial
  • écouter les bulletins météo diffusés par les stations côtières
  • déclencher une alerte de détresse avec le canal 16 ou via le bouton DSC
  • coordonner une manoeuvre avec un autre bateau en vue

Ce dernier usage est souvent oublié. Quand on entre dans un chenal étroit avec un ferry qui sort, un appel bref sur le 16 suivi d’un passage sur un canal de travail peut éviter beaucoup d’ambiguïté.

Le canal 16 : écoute permanente, pas ligne de conversation

C’est le canal de veille international. Il est obligatoire à l’écoute dès que le poste est allumé, pour tous les navires équipés d’une VHF. Il sert à l’appel initial et aux situations de détresse. Il ne sert pas aux longues conversations.

Le principe est simple : on appelle sur le 16, on s’identifie, on demande de passer sur un canal de travail (67, 72, 77 selon les zones et usages locaux), et on libère le 16.

Le canal 16 encombré par des discussions anodines est une vraie gêne pour tout le monde, y compris pour les secours en mer. C’est l’erreur la plus fréquente des plaisanciers débutants, et elle agace les professionnels de la mer autant que les sauveteurs.

L’appel DSC : l’usage souvent négligé des VHF modernes

La quasi-totalité des VHF fixes vendues depuis une vingtaine d’années intègrent une fonction DSC (Digital Selective Calling). C’est un système d’appel numérique qui permet d’envoyer une alerte de détresse automatique avec les coordonnées GPS du bateau, à condition que la VHF soit connectée au GPS de bord et que le numéro MMSI soit programmé.

Le MMSI (Maritime Mobile Service Identity) est un numéro à 9 chiffres attribué au bateau. Il doit être déclaré auprès de l’autorité compétente selon le pays d’immatriculation du navire. En France, c’est l’ANFR qui gère ces attributions.

En cas de détresse, un appui long sur le bouton rouge envoie automatiquement une alerte aux autorités maritimes et aux navires alentour avec la position exacte du bateau. C’est une fonction qui peut faire la différence.

Beaucoup de voiliers en croisière naviguent avec un MMSI non programmé, une VHF non connectée au GPS ou les deux. C’est un peu comme porter un gilet de sauvetage sans le gonfler.

Les bulletins météo VHF : encore utiles selon la zone

Dans certaines zones, les stations côtières diffusent des bulletins météo à heures fixes sur des canaux dédiés. En Méditerranée française, le CROSS émet sur plusieurs canaux selon le secteur. Aux Antilles, la situation est différente, et les marins s’appuient souvent davantage sur des sources numériques.

La météo VHF reste utile quand on n’a pas de connexion internet, que le portable ne capte plus, ou qu’on navigue dans une zone mal couverte. Connaître les canaux locaux et les horaires d’émission avant de partir est une habitude simple à prendre.

VHF fixe ou portable : quelle différence en croisière ?

VHF fixe VHF portable
Puissance 25 W 5 ou 6 W
Portée Plus grande Réduite
DSC intégré Oui (modèles récents) Rarement (dépend du modèle)
Utilisation Navigation, veille Annexe, sécurité en cockpit
Alimentation Sur batterie du bord Batterie rechargeable

Les deux sont complémentaires. La fixe assure la puissance et la veille permanente. La portable accompagne l’équipage à terre, dans l’annexe ou en cas d’évacuation du bord.

Un seul portable à bord sans fixe, c’est une solution acceptable pour les navigations courtes et côtières. Pour une croisière plus longue ou hauturière, une fixe correctement connectée est difficilement contournable.

Le permis VHF : obligatoire et souvent oublié

En France, l’utilisation d’une VHF maritime à bord d’un navire de plaisance est soumise à deux obligations distinctes :

  • une licence de station pour le bateau (délivrée par l’ANFR)
  • un certificat d’opérateur pour chaque utilisateur (CRR ou LRC selon la zone de navigation)

Le CRR (Certificat Restreint de Radiotéléphoniste) couvre les navigations côtières. Le LRC (Long Range Certificate) est nécessaire si on utilise une VHF ou d’autres équipements radio en navigation hauturière.

En pratique, beaucoup de plaisanciers naviguent sans ces documents et ne se font jamais contrôler. Mais en cas d’incident ou de contrôle dans un pays étranger, l’absence de certificat peut poser des problèmes réels. Les règles varient selon les pavillons et les zones. Avant une croisière lointaine, vérifier les exigences locales auprès des autorités maritimes compétentes est une précaution concrète, pas une formalité abstraite.

Quelques habitudes utiles à prendre avant de larguer les amarres

Allumer la VHF dès le départ et la laisser en écoute sur le 16 est un réflexe qui s’installe vite. Programmer le MMSI et connecter la VHF fixe au GPS aussi.

Avant d’entrer dans une marina inconnue, un appel sur le canal de la capitainerie (souvent le 9 ou le 12, parfois indiqué sur les cartes ou dans les pilots) évite de tourner en rond pour trouver une place ou de heurter un bateau sorti sans prévenir.

Dans les passages fréquentés par des ferries ou des cargos, consulter le canal VTS local et rester en écoute est plus efficace que de surveiller l’AIS seul.

La VHF ne remplace pas le bon sens nautique ni la préparation météo. Mais elle reste le lien le plus fiable entre un voilier en difficulté et les secours, dans une zone où les autres moyens de communication ne fonctionnent plus.

FAQ

Faut-il obligatoirement une VHF pour naviguer en croisière ?+

En France, la réglementation impose un équipement radio à partir de certaines catégories de navigation. Pour les navigations au-delà de 6 milles, une VHF est obligatoire. Les règles précises dépendent de la catégorie de navigation déclarée et peuvent évoluer : vérifier les exigences auprès des affaires maritimes ou de la capitainerie de départ reste la démarche la plus sûre.

Peut-on utiliser la VHF d’un autre bateau sans formation ?+

Techniquement, en situation de détresse, n’importe qui peut utiliser le canal 16 pour appeler les secours. Mais pour une utilisation normale, le certificat d’opérateur est requis. En croisière avec équipage, il vaut mieux que plusieurs personnes à bord soient formées.

La VHF portable suffit-elle pour une croisière en Méditerranée ?+

Pour des navigations côtières sur des étapes courtes, elle peut suffire au quotidien. Mais la portée réduite et l’absence de DSC sur beaucoup de modèles portables en font une solution partielle. Pour des nuits en mer ou des traversées un peu plus engagées, une fixe connectée au GPS est plus rassurante.

Que faire si on n’a jamais utilisé une VHF avant de partir ?+

La plupart des formations permis côtier ou hauturier incluent une initiation à la radio. Il existe aussi des stages radio spécifiques, et beaucoup de capitaineries peuvent orienter vers des préparations courtes. Lire la notice de l’appareil avant de partir et faire un appel test en rade avant de quitter le port est déjà un bon début.

Avant une croisière, prenez trente minutes pour vérifier que le MMSI est programmé, que la VHF fixe parle bien au GPS et que l’équipage sait où est le canal 16. Ce sont les trois points qui changent vraiment quelque chose si la situation devient sérieuse.